journal d’une enfant martyre

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Classé dans : mon histoire — 19 août, 2008 @ 8:02

toujours aussi complice à part que tu ne veux plus de moi sur tes genoux car tu dis que je suis bien trop grande que je ne suis plus un bébé Qu’il faut que je comprennes. Dans ma tête, Papa, quand je suis près de toi, je voudrais toujours être un bébé. Je ne veux et je ne peux oublier ces moments de mon enfance où j’ai été heureuse, ne me les voles pas, le bonheur c’est à toi que je le dois. Tu m’as donné avec ton amour tant de force pour affronter le reste de ma vie, grâce à toi j’ai toujours envie de me battre, même si toi tu as arrêté, tu as jeté les gants Papili il y a une dizaine d’années, par désespoir tu t’es réfugié dans ton monde à toi peuplé d’alcool et de tes souvenirs. Papili il y a toujours eu toi et moi ensemble contre elle, j’ai pu me battre avec toi, mais dans ton nouveau monde je ne peux plus me battre à tes côtés, tu t’éloignes Papili, je te perds chaque jour un peu plus. Elle t’aura pris toute ta vie, et maintenant que l’on pourrait être heureux ensemble toi et moi, elle nous gâche encore la vie. Reprends-toi Papili, la vie est belle tu me l’as souvent dit. Toi tu m’expliquais la beauté de cette vie, les fleurs, les animaux, toi qui me disais chérie dans la vie il faut respecter les enfants, les personnes âgées, les animaux, la nature, mais surtout avoir le respect de soi. Papili n’abdique pas, je t’aime toujours, moi ta grande fille, moi ta petite puce qui posait toujours des questions bizarres et surtout bien embarrassantes pour un Papili un peu vieux jeu et surtout plein de tabous. Si tu avais eu le fils que tu voulais tant tu n’aurais sûrement pas eu tant de problèmes. J’ai pourtant essayé d’être ton fils. Il faut dire que j’étais un vrai garçon manqué et je crois que notre complicité venait de tout cela. Remarque Papili, il faut dire que je n’ai toujours rien compris à la pêche mais c’était très bien. Si c’était à refaire, apprends-moi d’abord à nager, on arrivera sûrement à attraper quelque chose. Remarque !c’était mieux car j’avais mal pour les poissons, et mettre les vers quelle horreur! Ne gardons que nos fous rires, c’était marrant, surtout pour toi, et trop souvent humide pour moi, le derrière dans la rivière c’était pas ma tasse de thé, mais reconnais que pour grimper aux arbres, là c’est toi qui étais en rade mon petit père. En bas le Papili, en haut la Marie ! Génial, Papa ! Ta fille championne de la grimpe et un Papili complètement affolé en bas. Je ne suis jamais tombée. D’autres souvenirs heureux me reviennent grâce à toi cher cahier. Tu te rappelles le jour où elle m’avait punie et qu’il y avait théâtre en ville, que vous y êtes allés, toi, elle et mes sœurs. Il y avait de l’orage et tu me disais toujours qu’en voiture on ne risquait rien car les pneus faisaient isolant. J’avais tellement eu peur toute seule que j’avais été cherché des pneus au garage, je les avais mis sous la table, une nappe sur la table pour ne pas voir les éclairs. Quand vous êtes rentrés, tu as trouvé ta puce tétanisée dans son pneu sous la table cachée par la nappe. Tout le monde a bien ri sauf moi. D’abord parce que tu étais avec elle pour essayer de remettre ton couple en marche avec la complicité de tes amis. Tu n’avais rien compris, pas compris pourquoi elle avait accepté de revenir avec toi. Tu venais de gagner un million de centimes à la Séquanaise; il a tenu combien de temps ton couple Papili ? Le temps que tu touches cet argent et qu’elle te le prenne, et il a fallu qu’elle te casse le service à thé sur la figure pour que tu comprennes que tu étais de trop. ARGENT. Tu savais pourtant qu’il n’y avait que ça qui comptait dans sa vie, ton argent gagné à la sueur de ton front, à t’échiner dix-sept heures par jour pour les beaux yeux de cette grue. Et que te laissait-elle ? Rien, même pas de quoi acheter tes cigarettes. Cet amour qu’elle n’avait que pour l’argent, son propre père en a fait les frais, pauvre pépé. Elle avait accepté de le garder à la maison contre sa pension. Combien de fois a-t-il fugué le pauvre Pépé, et toi qui partais avec la quatre chevaux pour le retrouver toujours au même endroit. Il voulait tant repartir chez lui. Je me rappelle le jour où il avait touché sa pension et qu’il avait été la boire avec le Pépé d’à côté. Tu les as récupérés au pont. Quelle cuite pour les deux papis fugueurs ! Je crois que c’est ce jour là qu’elle l’a viré en maison de retraite, pourtant je l’aimais bien Pépé. Il était marrant. Il chiquait, il crachait, et puis son bonnet de nuit blanc… Je le revois. Il dormait dans notre chambre, dans le lit de Christine et il fallait faire très attention car la nuit il se levait faire pipi, il avait un seau à côté du lit mais comme il tremblait, il y en avait partout sur le parquet, alors c’était la raclée pour le pépé et le nettoyage pour moi. Alors je surveillais et la seule solution que j’avais trouvé tu finir la lecture. Il m’a prise par une main, Papili m’a prise par l’autre, mais j’ai senti qu’il tremblait autant que moi. On est rentré dans un bureau, il m’a assise dans un grand fauteuil, mes pieds ne touchaient pas par terre, j’avais moins peur, il s’est assis derrière son bureau. Il parlait avec Papa, sa voix était douce, Papa répondait sans colère comme s’il bavardait, mais je sentais sa peur. Jacqueline m’avait dit de ne pas parler, et j’avais peur de ce qui pouvait arriver. Je me tenais enfoncée dans mon fauteuil, refermée sur mon monde, j’étais ailleurs avec mes animaux. Je crois que si Siam avait été là j’aurais été plus rassurée. C’est Papili qui m’a sorti de ma torpeur en me prenant la main et m’a demandé si j’étais d’accord pour parler toute seule avec Monsieur le juge, dis , tu veux bien ?. Parler, oh ! oui, ça je voulais tout dire, tout déballer enfin et en finir. Papili est sorti, le juge s’est assis en face de moi, et gentiment il m’a dit : – Tu l’aimes ton papa – Oh ! oui, gros comme ça et j’agitais mes bras, j’avais l’impression qu’ils étaient trop petits pour dire combien je l’aimais fort mon Papili. – Tu veux vivre avec ton papa, n’est-ce pas ? – Oui, oui, oui ! – Mais tu sais que ton papa travaille et qu’il ne peut pas te garder toujours – Je sais mais ça ne fait rien, on se débrouillera – Est-ce que tu serais d’accord pour vivre chez ta tata Yvonne et ton tonton la semaine, et ton papa te prendrais le week-end ? – Oh ! oui, ça j’aimerai bien, j’aime mon papa et ma tata pareil. Ca l’a fait rire Monsieur le Juge, ça me rassurait et je n’arrêtais pas de gigoter sur mon fauteuil, et puis d’un seul coup, catastrophe, il avait dit ce qu’il ne fallait pas dire. – Et ta maman tu la verras de temps en temps. Alors là j’ai vu rouge, je me suis levée d’un bond et je me suis mise à crier que s’il me laissait retourner avec ma mère, je me jetterai sous la première voiture qui passerait, et j’avais déjà entrouvert la porte qui donnait juste sur la grande rue. J’ai du hurlé très fort car Papa est entré comme un fou dans le bureau, et ce n’est que dans ses bras que j’ai pu me calmer, je hurlais, je pleurais. J’ai du tout foutre en l’air mais tant pis, celui-là il aura ma mort sur la conscience s’il veut que la revoie. Je ne veux pas, il ne doit pas. Je suis retournée dans le couloir dans les bras de Papa, Jacqueline est rentrée dans le bureau du juge… J’ai pleuré longtemps et j’ai du m’endormir car je me suis réveillée dans la voiture sur le chemin du retour. Je n’osais pas parler avec Papa, j’avais peur d’avoir tout gâché, j’ai continué à faire semblant de dormir. Pourtant ce soir l, j’ai dormi chez tata Vonne, personne n’a parlé, du moins devant moi. Chez tata Vonne c’était enfin le paradis, j’avais ma propre chambre, et puis il y avait Flora, la chienne de tata, une malinoise adorable qui a été longtemps ma compagne de jeux. Avec les animaux j’en ai fait voir à tonton Gus, car à chaque fois que je trouvais un animal mort, même un lézard, il fallait lui faire un cercueil, un enterrement avec la bible et les prières en procession jusqu’à sa tombe, et après l’enterrement tonton faisait une croix. Très vite le jardin comptait plus de croix que de salades. J’avais l’amour de ma tantine, sa douceur, ses câlins, nos fous rires, notre bonheur était si grand. Mais je me souviens d’une chose dont j’avais horreur : tous les jours des épinards car il parait que ça donne du fer et des vitamines et j’en avais besoin. Je hais les épinards, plus jamais d’épinards ! Pardon tantine, tu ne t’ais jamais rendu compte de rien et heureusement que Flora aimait ça sinon je n’aurais eu que la solution de les avaler. Si je ne parle pas de tonton Gus, c’est que je ne l’aimais pas trop. Il était froid la plupart du temps. J’avais de longs cheveux noirs que j’adorais et que Tata brossait avec beaucoup de soins, et lui m’appelait la gitane, il voulait toujours qu’on me les coupe. Pas question. Je ne peux pas dire qu’il ait regretté ce qu’il faisait pour moi, il m’aimait sûrement à sa façon et puis peut-être que sous ses airs bougons il y avait plus d’amour qu’il ne voulait l’admettre. Il savait que je n’étais pas là pour toujours, avait-il peur de me perdre ? Parfois quand il se laissait aller c’était super, on partait faire un tour de voiture, je chantais tout le temps sur le trajet, ça le faisait rire et il disait, si j’avais un poste, ce serait mieux, je pourrais l’éteindre de temps en temps. Quand on allait dans le Puy de Dôme chez des cousins je chantait du départ à l’arrivée. Maintenant je me rends compte que ça devait être énervant. Jamais on ne parlait d’Elle, mais quand la sonnette d’entrée retentissait, je filais dans le fond du jardin me cacher dans le poulailler. Tata venais me chercher et elle disait : as-tu trouvé des œufs Clairette, car elle m’appelait Clairette, viens, c’est Claude ou un autre cousin, ou quelqu’un que j’aimais bien. Et puis il y avait Jacqueline qui venait me voir. Je l’adorais, elle est toujours restée mon amie et elle était même mon témoin pour mon mariage. Un jour elle était venue elle avait l’air heureux. Tantine nous avait laissées seules et elle m’a expliqué que ma mère avait été jugée, que la femme du maire avait témoigné pour elle ainsi que sa patronne, la dame du Château, et que celle-ci avait craqué et avait tout déballé. Elle avait raconté ce que personne n’osait dire et avec le rapport du médecin, de Jacqueline et du juge, je ne risquais plus rien. Elle avait été déchue de ses droits maternels. Christine était en nourrice et Sylvie chez la belle-sœur de Papa à Moutier Rozeille. Ca a été le plus beau jour de ma vie. Papili est arrivé peu après et je me suis jetée dans ses bras. Maintenant il n’y avait plus que lui et moi, fini la souffrance, fini les coups, fini les injures, et surtout, j’aurais de vrais noëls, de vrais anniversaires, de vraies fêtes, car je n’avais pas eu tout ça. Un jour, quelques temps avant Noël, elle avait dit en parlant de moi, la grande dinde on la fera cuire pour Noël, ça la lui fermera. Noël me faisait très peur, j’avais peur d’être cuite, elle en aurait été capable, combien de fois avait-elle essayé de me tuer ? Je ne peux pas compter, j’ai toujours eu la vie sauve grâce à des visiteurs imprévus, dont une fois Papili. Ce jour-là elle m’avait attachée les mains et les pieds, et elle était en train de me fixer à la corde du puits dans la cave. Papa est arrivé juste à temps, cinq minutes plus tard j’aurais été dans le puits. Ce jour l Papili était hors de lui, j’ai cru qu’il allait la tuer. Et combien d’autres fois… Encore maintenant je fais souvent des cauchemars. Elle est encore présente dans ma tête et ces cauchemars sont terribles. Revivre tout cela me laisse en lambeaux, je souffre autant qu’à cette époque et je reste plusieurs jours à avoir peur du sommeil. Je crois que l’on ne peut guérir de tant de souffrances, le temps n’efface rien, je crois sincèrement que seulement le jour de sa mort, je pourrai enfin vivre sans peur, sans haine. Elle m’a tout pris, mon enfance, mon adolescence et ma vie de femme. Mon enfance gâchée par toute cette violence physique et morale. Mon adolescence, car j’ai du arrêter les études après le brevet pour aller travailler, pour aider Papili à élever mes deux sœurs, et en plus Christine est tombée enceinte à seize ans et a eu une magnifique petite fille, Christelle, que j’ai du élever jusqu’à l’âge de six ans, après Christine a rencontré un garçon et elle est partie faire sa vie avec Christelle. Ca a été une déchirure, comme si on me prenait mon enfant. Je ne l’ai jamais revue, ni Christine d’ailleurs, ni Sylvie. Il y a une dizaine d’années, mes deux chères sœurs sont retournées vers leur mère, elles ont oublié, tout effacé de leur mémoire par amour de l’argent que leur mère leur a donné. Se faire acheter, quelle honte. Comme si on pouvait acheter l’amour que l’on n’a pas su donner… Elles me dégoûtent, et en plus c’est à cause de tout ça que mon Papili s’est jeté à corps perdu dans l’alcool. Leur père, elles l’ont renié, il n’est pas assez riche. L’argent quel poison ! Je lui dis souvent ne t’inquiète pas, on est tous les deux et je t’aime ne l’oublie pas, le reste on s’en fout. Il dit toujours oui, mais je sais qu’il souffre. Cette blessure ne se refermera jamais, ni pour lui, ni pour moi. Et je dis saccagée ma vie de femme car je suis frigide, je sais que c’est grâce à toutes ces galipettes auxquelles j’ai du assister, ça me dégouttait et ça me dégoutte encore. Mon cher cahier grâce à toi, j’ai moins mal. Tu sais tout ce que je ressens, tout ce que j’ai vécu . J’ai envie de vivre, de revivre, de renaître. A trente huit ans j’ai soif de vivre, il a fallu que je t’ai pour avoir cette envie. Je sais que la blessure ne cicatrisera peut-être jamais, qu’il y aura toujours une faille dans mon cœur, mais je ne veux plus souffrir, je n’ai plus cette haine, je te la donne, je n’ai plus peur, elle ne m’atteindra plus jamais, je lui ai écrit pour le lui dire et ça m’a fait du bien, je lui ai tout déballé, que son cœur était sec, que la seule chose pour laquelle elle ressentait de l’amour c’était l’argent, qu’elle m’avait toujours rabaissée car elle me haïssait, et que cette haine était due à l’amour que j’avais pour Papili. Je lui ai dit: je l’aime mon Papa, il a été mon père et ma mère, lui il a été à la hauteur, je lui ai dit que pour moi elle était morte et que j’espérais que le remords serait son repos. Ca soulage, tu ne peux pas savoir, depuis plus de cauchemars, et j’ai l’impression de renaître. Toi mon cher cahier, tu as été mon confident, car on doit parler de tout ça. A chaque fois que j’ai essayé d’en parler avec ma famille ou mes amis ou même mon ex. mari, tous me disaient : laisse tomber, ça ne sert à rien de remuer tout ça. Toi tu as accepté de m’écouter, je t’ai raconté ma pauvre enfance brisée et je te dis merci d’avoir été l tout au long de ces pages. Grâce à toi j’espère pouvoir regarder devant moi et me construire un avenir meilleur. Je ne veux plus parler de mon passé, je te le laisse, garde-le comme un gardien doit garder les clés d’une prison, tu m’as permis de sortir, referme la porte et ne me laisse plus jamais entrer. En te relisant j’ai compris que toute ma vie a été gâchée, j’ai du trop tôt apprendre à vivre, responsable trop tôt de tout et de tous. J’ai vécu pour les autres, pour mes sœurs qui ne se soucient pas de moi, pour un mari qui n’a pas compris que j’avais besoin de tendresse et qui voulais une femme à dix-huit ans. Il faut que j’apprenne à vivre pour moi et uniquement pour moi. Me construire une vie heureuse et belle, douce et calme, sans peur et sans haine. Je suis un prisonnière sortant de la prison de la vie, il faut réapprendre à vivre. Et si un jour mon cher cahier tu croises le regard d’un enfant aux yeux vides, ouvre lui la porte et dis lui de parler, cries lui de ne pas se taire, fais le sortir plus tôt de sa prison avant qu’il ne se détruise ou qu’on le détruise. Fais comme moi, cries « plus jamais ça ». On dit toujours que sur terre il y a l’enfer et le paradis. En sortant de mon enfer, j’ai rencontré le paradis, mon paradis pas toujours rose et pleins d’embûches, mais ça c’est la vie. C’était surtout la paix retrouvée, loin des coups et des blessures. Je réapprenais à vivre tout doucement, entourée d’amour et de gestes de tendresse, d’abord chez tata Vonne. Toi ma tantine, ma maman, mon amie, ma confidente, dans tes yeux il n’y avait qu’amour, ton regard était si pur que l’on n’avait même pas besoin de se parler, on savait l’une comme l’autre ce que l’autre pensait et ça nous faisait rire, au détriment de tonton qui ne comprenait rien, s’il savait ce qu’on pensait de lui. Quand on était ensemble rien ne comptait plus, comme avec Papili, avec toi j’avais envie d’apprendre, de tout savoir et tu m’as tellement appris. Papili m’avait appris à tricoter, enfin, le point mousse, c’était le seul qu’il connaissait. Tu m’as appris le baba du tricot et je me rend compte aujourd’hui combien tu as été patiente ma tata. Ca devait bien être toutes les trois minutes que je te demandais si ça allait, si c’était bien, mais jamais tu ne m’as repoussée. Pourtant tu travaillais. A l’époque tu faisais des couvertures piquées, et bien sur, après le tricot, il a fallu que tu m’apprennes. Je me souviens tonton m’avais fabriqué un mini métier et un lit en bois peint en rose, et je tricotais des habits et des couvertures pour mes poupées, c’était génial. J’étais fière de m’installer à côté de toi et de travailler comme une grande. Après tu m’as appris le crochet, la couture et enfin la cuisine. J’adorais ça, mais ce qui a été le plus important pour moi c’est quand on a écrit le livre de cuisine, car toutes les recettes étaient dans un vieux cahier que l’on ne pouvait plus prendre de peur de le déchirer. C’était vraiment une relique, alors on a recopié toutes nos plus belles recettes améliorées, comme tu disais. J’écrivais une page et toi l’autre. Ce cahier c’est un peu de toi et de moi pour l’éternité. J’espère que ton fils voudra bien me le donner un jour. Pauvre Claude, si tu voyais ton fils, tu serais vraiment triste, et si tonton le vois son pied doit le démanger. C’est devenu un loque humaine, et ta maison qui était si bien tenue, tu verrais ma tantine, il faudrait un bulldozer pour déblayer. il ne fait que boire depuis votre mort à tous les deux. Il n’a pas supporté et sa vie s’est arrêtée. Il est comme Papili, il a oublié de vivre mais pas de boire. C’est loin le temps où il était bien dans sa peau et où il m’emmenait au cinéma. Dire que tout mon bonheur avec toi est dans ce foutoir, mes poupées, leur lit, mon agneau à bascule, les photos du bonheur, les films que Claude faisait. Heureusement que tout ça est dans mon cœur et dans ma tête. Ma petite tantine chérie, si tu savais comme je pense à toi, toi qui m’a quittée trop tôt en me laissant si seule. Tu avais accompli envers moi ton devoir maternel avec l’amour et la passion qui te caractérisaient. Tu m’as tout donné sans rien demandé en retour, naturellement, comme une maman, tu l’as été jusqu’au bout. Avec toi et Papili et votre amour quotidien, j’ai réappris à vivre, à sourire puis à rire, à jouer, à être enfin une enfant. La peur m’avais quittée mais pas la haine. C’était toujours en moi, tu le savais, tu ne me parlais jamais d’elle pour ne pas attiser cette haine. Tu trouvais toujours les bons mots et les bons gestes au bon moment. C’était ton instinct maternel. Je sais que c’était ton rêve d’avoir une fille, tu me le disais souvent. Tu n’avais eu que ton fils, tu l’aimais, bien sur, mais une petite fille t’a toujours manquée. Avec moi ton rêve s’est réalisé, je n’étais pas ta chair, pas ton sang, mais j’étais ta fille dans ton cœur et dans ta tête. Et dans mon cœur et dans ma tête tu es et tu seras toujours ma vraie maman. Pour toi j’aurais tout donné. Les bonnes notes à l’école c’était pour toi. Tout ce que j’apprenais, je le faisais bien pour toi, pour voir ton joli sourire illuminer ce visage si doux et si cher. Je n’aurais pour rien au monde voulu te décevoir. Tu m’as tout apporté et je n’avais rien à donner à part cet amour immense que j’avais pour toi, et que j’ai toujours. Avec ton amour tu m’as portée à bout de bras sans jamais fléchir, pour que je vive tous ces moments ensemble comme une bénédiction et pour me faire oublier le reste. Je n’ai jamais oublié, mais c’est vrai que quand j’étais avec toi je n’y pensais pas, et quand tu m’as quittée tu as rouvert la blessure, et c’est mon cahier qui la referme. Certains penseront en lisant ceci que tu m’as enseignée, ou enfermée dans des tâches trop féminines, et que c’était une coutume ancestrale que l’on transmet de mère en fille. Eh bien je dis que tu as bien fait, je suis fière de ce que j’ai appris avec toi et souvent quand je fais un ouvrage et qu’on me félicite en me disant que j’ai des doigts de fée, je suis fière, c’est toi ma fée, et je regrette que l’on n’enseigne plus tout ça aux petites filles. Maintenant elles ne savent même pas coudre un bouton ou faire un ourlet et c’est triste. Les vraies valeurs se perdent et c’est bien dommage. Et puis il n’y avais pas la télévision comme maintenant et il fallait bien s’occuper, et puis je le dis et je le redis, j’aimais ça. Il est vrai que dans les années soixante cinq, ce n’était pas comme

Classé dans : mon histoire — 19 août, 2008 @ 8:01

maintenant. Le monde était moins fou, les gens sérement aussi lâches et bêtes que maintenant, mais on prenait le temps. C’était pas métro-boulot-dodo comme on dit, et avec toi ma tantine c’était bon de flâner dans la campagne. Tu te souviens de nos promenades ? C’était fabuleux, même en promenade, j’apprenais, le nom des fleurs, des arbres, et surtout ta passion, les plantes qui servent à guérir, la camomille, les queues de cerises, les pétales de lys, et cette plante, le bouillon blanc comme tu l’appelais, et le houx dégénère, et toutes ces fabuleuses plantes dont je ne me rappelle plus les noms, mais que je sais toujours reconnaître et dont je me sers, et chaque fois je pense à toi. Il n’y a que ta décoction pour épurer le sang que j’ai oublié et c’est bien dommage car c’était très efficace. Je me souviens de ce furoncle que j’avais eu sur la pommette droite. J’avais une tête énorme. Pas de docteur, pas de médicaments, juste des cataplasmes de bouillon blanc bouilli dans du lait. Quand le furoncle a été mûr deux jours après, tu as fait revenir dans la poêle un oignon, tu me l’as appliqué tiède, et crac, tout a éclaté. Dire qu’il y a des gens qui se soignent aux antibiotiques et qui gardent cette horreur huit à dix jours. Après il avait fallu boire ta décoction, un litre par jour pendant une semaine, ça n’était pas mauvais, une sorte de tisane, et plus jamais de furoncle, terminé. Et bien des années plus tard, c’est toi qui a guéri mon ex. mari de sa furonculose. Cela faisait plusieurs années que ça revenait tous les printemps, eh bien tu sais, il n’en a toujours pas refait, et son médecin n’a toujours rien compris. Et moi je soigne toujours mes animaux pour l’eczéma avec le houx et ça marche toujours. J’ai essayé avec la sœur de Papili, elle n’a plus rien du tout et le dermatologue n’y comprend rien. Dommage que tu sois partie si tôt, tu aurais pu aider à boucher le trou de la Sécu, car c’était pas avec nous que les médecins s’enrichissaient. Tu avais un remède pour tout. Je regrette que tu n’ais jamais laissé d’écrits à ce sujet, car ça m’a toujours passionnée et je ne peux me servir que ce dont je me souviens. J’aurais tellement voulu tout apprendre, tu me manques, j’ai besoin de toi, de ta force petite mère toute frêle et si forte. Tous les soirs j’allais chercher du lait à la ferme, cette odeur merveilleuse me reste encore. Ce lait, un délice, tu le savais, car le pot était pratiquement vide, sur les cinq cents mètres à parcourir, je ne pouvais pas me retenir. Eh bien comme à chaque fois, tu disais toujours à chaque mal son remède, et loin de me punir je partais avec deux pots au lieu d’un, comme ça tu avais un litre pour faire tes gâteaux, du bon lait crémeux. Tu retirais toujours la crème et tu me faisais de la délicieuse crème Chantilly que tu cachais dans l’escalier du grenier, et quand je rentrais de l’école, je savais à ton sourire ce que j’avais pour le goûter. Tu sais, si tu étais l maintenant, tu serais comme moi, le lait en brique et la Chantilly en bombe quelle horreur, je ne peux pas avaler ça et mon estomac le refuse catégoriquement. Les dimanches c’était la fête, on allait à la basse chez ta cousine Adrienne qui avait une ferme. J’allais chercher les oeufs, je rentrais les vaches, les moutons, et à la saison de la tonte, c’était géant, j’adorais aller laver la laine à la mare. J’étais toujours la première à partir et tu m’as appris à la carder et à la filer. J’adorais faire tout ça, faire les foins et les moissons c’était bien, plus comme maintenant. Tout le village participait, on commençait chez l’un, on finissait chez l’autre et tout le monde à la tâche. Nous les femmes, on préparait le repas, des repas pantagruéliques qui duraient très tard dans la nuit. Mais je vais te dire quelque chose. Je détestais plumer les poules et les canards. Parfois tu te demandais où j’étais passée, eh bien j’étais dans le champ en bas à vomir tous mes boyaux comme disait tonton. Mais à part ça la basse a été un univers merveilleux pour moi. Je n’y retournerais pas, trop de souvenirs heureux me rattachent à ce pays, ce village béni où j’ai eu tant de joies et d’amour. Ce qu’il y avait de bien avec toi ma petite tata et tonton, c’est que jamais vous ne m’avez empêchée de voir les gens que j’ai aimé tout au long de mon passage à la maison, car avant quand j’étais avec je ne connaissais que pépé, son père, toi, tonton et Claude. De la famille de Papa je ne connaissais personne. J’ai connu toute une famille merveilleuse. Papa a trois sœurs, tata Simone, tata Paulette et tata Lucette, et un frère, tonton Gustave. Simone a un fils, André, Paulette a un fils, René et trois fille, Marie-Jeanne, Jacqueline et Yvette. Tata Lucette a une fille, Lilou, et tonton Gustave a deux fils, Robert et Jean-Louis. Et il y avait ma mamie Marie et mon pépé, que je n’ai pas connu, ou peu car quand je l’ai vu pour la première fois, il était déjà très malade. Il est mort peu de temps après d’un cancer, il a souffert c’était horrible, c’était la première fois que j’étais confrontée à la mort, que je la sentais, que je la voyais. je me souviens d’un détail terrible. J’étais avec Papili près de pépé Alexandre, il criait, il a pris le bras de Papili, l’a serré si fort que ses ongles sont rentrés dans le bras de Papili et il lui criait : « si tu m’aimes et si tu es un homme, prends le fusil et aides moi à partir ». Papili pleurait et moi j’étais horrifiée, j’avais mal pour lui et je crois que si j’avais su me servir d’un fusil j’aurais aidé mon grand-père. Toute cette souffrance c’est honteux et c’est pas juste. Mon pépé était un être humain, alors pourquoi le laisser souffrir autant. Bien des années plus tard, j’ai su qu’il n’existait pas encore de médicament pour éviter une telle souffrance. Quand j’y pense, je me demande combien de personnes ont souffert autant que mon pépé et pour qui la médecine n’a rien fait ou n’a rien pu faire. Quand le week-end Papili venait me chercher, je pouvais aller partout du moment qu’on se le disait, et s’était un enchantement d’aller chez Mamie. Ma Mamie à moi, c’était une Mamie magique. Je l’appelais Mamie pop, car elle était fan de Joe Dassin. Elle était née le quinze août 1900, elle aurait dé aimer Tino Rossi et tous les ringards de la planète, non, elle c’était l’actualité, et quand elle parlait de son Joe Dassin, c’était vraiment du délire. Quand Mamie était l, la famille était très unie, et les dimanches chez Mamie ça voulait dire la tribu au complet, les oncles, les tantes, les cousins, les cousines, tata Marthe la sœur de pépé Alexandre. Elles étaient vraiment marrantes ces deux-là. Marthe complètement coincée, et Mamie un peu excentrique voir canaille, alors parfois ça faisait des étincelles. Mais c’était toujours Marthe qui battait en retraite, et Mamie savourait sa victoire en disant : « ça y est, la vieille est sourde », ce que disait tata Marthe quand elle boudait, alors grand-mère s’approchait d’elle et lui criait dans les oreilles : « quand tu auras fini de faire du boudin tu pourras te rendre utile et bouger tes grosses fesses ». Alors, de rage, Marthe partait chez elle, et grand-mère disait bon débarras, j’aime pas ceux qui font la gueule. Mais deux heures plus tard elle retournait la chercher. Elles ne pouvaient pas vivre ensemble, mais pas plus vivre l’une sans l’autre. On allait chez tata Paulette qui habitait Peyrat, le même village que Mamie. Tata Paulette faisait un café à réveiller un mort. J’adorais tata Paule, mais pas mon oncle Georges que j’avais surnommé Jules. Il était toujours malade, surtout pendant les foins et les moissons. Il avait mal au dos, alors tata faisait tout le travail et Jules était au lit. Mais pour aller faire la java, il n’était pas malade. Il y a deux ans, tata Paule a eu une attaque, heureusement que l’infirmière venait tous les jours. Lui, il n’a pas bougé quand l’ambulance est arrivée, il aurait fallu que ce soit lui qui parte, il voulait à tout prix un électrocardiogramme. Il a eu de la chance que je n’ai pas été l, il aurait sérement eu un électrochoc. Quel c… Ma pauvre tantine, toi qui est si gentille, tu ne mérites vraiment pas de vivre avec cet abruti, je voudrais tellement que tu trouves un peu de paix. Tata Simone c’était autre chose. Adorable, mais on ne la voyais qu’en août car elle vivait à Paris. C’est grâce à elle que j’ai connu la capitale, une aventure formidable, moitié chez tata Simone, moitié chez tata Marie-Louise et tonton Léon. J’étais partie avec un petit sac, je n’avais pas grand chose, et je suis revenue avec pleins de valises, de l’argent et des tas de cadeaux, il y en avait un plein coffre. Je n’ai pas été gâtée mais pourrie. Tonton Léon et tata Marie-Louise, toujours en désaccord, rivalisaient pour m’acheter le plus beau, le plus cher, c’était marrant. Tata trouvait que ce que m’achetait tonton était moche, et vice et versa, alors que c’est moi qui choisissais. Tonton m’avait acheté un magnifique chemisier en soie mauve, du parfum, des bijoux, tata des foulards, des jupes, des sous-vêtements, du parfum. Avec tata Simone j’avais eu un cartable avec tout ce qu’il faut dedans, un canevas et plein de produits de beauté. Tata Simone était gardienne d’immeuble. Elle faisait aussi des ménages dans l’immeuble. Je l’aidais et on partageait les sous. J’ai adoré Paris et mon séjour de rêve. Je ne sais pas si je vous ai assez dit merci à vous tous que j’aime très fort. Tata Lucette, c’est celle que je connais le moins, c’était plutôt ma sœur Sylvie qui allait chez elle. Elle avait une ferme et la seule fois où j’y suis allée c’était le jour où on tuait le cochon. Il a fallu m’enfermer dans la cave car je voulais tuer le boucher. Ca c’est pas pour moi, je n’ai plus voulu y retourner. Elle est adorable et très douce, mais je ne supporte pas que l’on tue un animal, c’est beaucoup trop dur pour moi, et ça me rappelle tant de mauvais souvenirs. Ca a fait rire bien des gens qui disaient que ce n’était plus de la sensibilité mais de la bêtise, quelle bande d’idiot, ça me fait mal, trop mal, et que ceux qui ne veulent pas comprendre restent chez eux, j’en ai marre des idiots. Tata Odette et tonton Gustave ont une place à part dans mon cœur. J’ai vécu avec eux, je ne sais plus pourquoi, mais j’y étais très bien, une chaleur humaine merveilleuse avec tonton. C’était nettoyer les écuries, s’occuper des vaches, j’adorais ça. J’adorais les brosser, les bichonner, c’étaient des bêtes adorables parce qu’adorées. Tonton est très doux, il aime les animaux et eux le sentent. Il m’a appris à traire et je trayais toujours dans une casserole pour boire le lait et en donner aux chats qui attendaient gentiment leur bol. C’était un moment de bonheur sous l’œil de tonton, un tonton heureux et fier de me voir heureuse. Tata, c’est toutes les nuits que je lui ai fait passer blanches, car j’avais mal aux dents, tellement mal que ça a déclenché des hémorragies nasales. La pauvre, elle restait près de moi et elle souffrait autant que moi, mais que de douceur et de tendresse. Je voudrais tellement vous dire que je vous aime toi et tonton pour tout ce que vous m’avez apporté, et puis Jean-Louis et Robert, vos fils qui m’ont tellement aimée. J’ai eu deux merveilleux frères. Robert avec son appareil à musculation (j’ai essayé et j’ai cabossé mes deux frères) au dessus de l’armoire, hors de portée, et mon Jean-Louis, mon petit frère qui me prenait pour une poupée et qui adorait peigner mes longs cheveux noirs. Jean-Louis tu me manques, et toi Robert je t’aime, mon grand frère, mon ami. C’est toi qui m’a appris que les règles n’étaient pas une maladie mais la preuve que j’étais une petite femme. Tonton avait rougi, tata m’avait fait lire des livres, Papa s’était enfui (trop tabou pour le Papili puritain), et toi petit frère, tu m’as expliqué avec des mots de mec, sér de tout savoir du haut de tes vingt ans. Vous n’êtes pas mes cousins mais mes frères, ceux que je j’ai jamais eu et que j’ai rêvé. Avec vous j’étais en sécurité. Je savais qu’avec ta force, Robert, elle ne viendrait pas, tu saurais l’arrêter, je ne risquais rien. Du jour où vous êtes rentrés dans ma vie et moi dans la votre, j’ai eu deux frères merveilleux, comme dans mes rêves. Toi mon Jean-Louis, je ne te vois que rarement, tu vis à Paris, mais je veux que tu saches que je t’aime et que je suis là si tu as besoin, et toi Robert, mon grand frère, je t’aime très fort aussi, mais je sais que tu le sais. Je ne vous vois pas très souvent mais je pense à vous deux chaque jour, et par mon amour je veille sur vous en petite sœur attentive. Merci tata et tonton de m’avoir donné deux frères merveilleux et des moments de bonheur à jamais gravés dans mon cœur. Mais dans mon cœur, en haut, tout en haut de la liste reste et restera toujours une place pour ma maman, ma petite mère à moi, mon trésor le plus cher, ma tata Vonne. En écrivant tous mes sentiments pour tous ceux qui ont partagé ma vie, tous ceux qui m’ont aidée, aimée, je me rends compte que j’ai été possessive et que j’ai du faire souffrir, que j’ai reçu mais que je n’ai pas su donner. Je t’ai fait souffrir, toi mon tonton Gus. Je te voyais en tyran. C’est vrai tu avais une grosse voix, mais je n’ai pas vu que tu m’aimais réellement. Tu étais l’oncle d’elle, de son sang et je te croyais comme elle. J’ai mis un barrage entre nous. Il n’y avais que tata et moi. Comme tu as dé souffrir, et pourtant tu n’as jamais rien dit. Tu nous a laissé vivre notre relation entre tata et moi, en nous regardant de loin, mais je sais que dans ton cœur tu étais si près. Aujourd’hui je me souviens sur ton lit d’hôpital, peu avant ta mort, j’avais été te voir par devoir, et je me souviens du sourire radieux qui a illuminé ton visage. Je t’ai embrassé, tu as caressé mes cheveux que j’avais coupés, et tu m’as dit « ma petite bohémienne », ta voix était douce, tu savais que tu allais partir pour toujours. Ce jour là tu as essayé de me dire ton amour, et moi je n’ai rien vu, je t’ai parlé de tout et de rien, tu tenais ma main serrée. Je n’ai rien compris, je ne pensais qu’à une chose, partir, ne plus te voir. Je me souviens avant de refermer la porte, je t’ai regardé en te disant prends soin de toi, j’ai vu des larmes dans tes yeux, je n’ai pas compris. Pardon tonton, pardon de tout mon cœur, pardon de ne pas t’avoir aimé aussi fort que tata, de ne pas avoir partagé l’amour que tu m’avais donné, j’ai compris trop tard. Je croyais que quand tu me disais la petite bohémienne c’était méchant, mais je sais maintenant que c’était ta façon à toi de me dire je t’aime. Cahier, mon cher cahier, c’est si précieux de t’avoir, j’ouvre les yeux grâce à toi. Mais j’aurais dé le faire plus tôt, avant qu’il ne soit trop tard. Je crois surtout que j’avais très peur que tu veuilles prendre la place de mon papa, c’est pour cela que j’ai refusée que tu m’aimes. Il y avait tata , moi, et papa, donc pas de place pour toi, je ne le comprends que maintenant, pardon . Ma haine pour elle m’a aveuglée pendant tellement longtemps, je suis passée à côté de tant de choses. Sur les photos je regarde autrement. Avant je ne voyais que les yeux de tata et son amour il se lisait sur son visage, mais je n’avais pas vu cette lumière qui est la même dans les yeux de mon tonton, et je peux lire aussi une telle fierté. Haine je ne te veux plus dans ma vie, tu me fais peur. Tu m’as fait souffrir et tu m’as fait faire du mal à ceux qui m’aimaient et que je n’ai pas su comprendre par ta faute. Tonton disait toujours : « la haine est mauvaise conseillère » mais pourquoi est-il resté passif, pourquoi il ne m’a pas prise entre quatre yeux et qu’il ne m’a pas dit qu’il m’aimait. Ca aurait pu tuer ma haine définitivement. Peut-être a-t-il eu peur de l’attiser ? Je ne sais pas, je ne sais plus, j’ai honte pour le mal que je lui ai fait et que je ne peux plus réparer. Je t’aime tonton et pour toujours, un jour on se retrouvera, attends moi, je me jetterais dans tes bras, je te serrerais très fort, tata sera près de nous et tous les trois on s’aimera jusqu’à la nuit des temps. Quand tata nous a quitté je lui en ai voulu de ne pas m’avoir averti lui-même. C’est Adrienne la cousine de tata qui m’a appelée. Elle m’a dit : « Marie-Claire, tata Vonne nous a quittés ce matin à six heure, viens vite ». J’ai hurlé, non pas maman, j’ai lâché le téléphone et je me suis évanouie. Je ne pouvais pas croire que ce soit Adrienne qui m’apprenne cela. Maintenant je sais que tonton ne pouvait pas m’avertir, il avait mal et il savait que ça allait me faire très mal, et lui ne voulait pas me faire de mal. Quand je suis arrivée à Felletin, je suis vite allée voir tata, je suis rentrée comme une folle, je ne voulais pas le croire. Elle était couchée dans la salle à manger. Elle dormait petite mère, je me suis approchée d’elle, j’ai caressé ses cheveux, j’ai pleuré longtemps en tenant sa main. C’est une cousine qui m’a sortie de ma torpeur, elle voulait embrasser tata, moi je ne voulais pas qu’on l’approche, qu’on me la prenne. J’avais mal. Mon ex. mari m’a emmenée dans la cuisine. Tonton était là, ce n’était plus qu’une ombre, il a ouvert ses bras, j’ai crié non et je suis partie dans ma chambre. Tata Marie-Louise et tonton Léon sont venus, tonton me serrait fort et me berçait. J’étais bien avec lui, tata Marie-Louise m’a embrassée, elle est sortie. Je ne sais pas ce qui c’est passé ensuite, j’ai dé m’endormir car quand j’ai refait surface j’étais dans les bras de tonton Gus et il me disait « il faut que tu restes, il faut que tu m’aides », il était perdu, il avait besoin de moi. Je suis restée à Felletin, mais pas chez tonton et tata, J’étais chez Papili. C’est moi qui ai préparé les vêtements de tonton et de Claude pour la cérémonie. Il faut dire que je connaissais tout par cœur, j’avais tellement aidé tata à s’occuper de la maison que je savais où se trouvait chaque chose. Heureusement que j’étais là car tonton ne savait même pas où étaient ses chaussures. J’ai accompagné tata jusqu’à sa dernière demeure seule, Papili était là mais je ne voyais personne, j’aurai voulu mourir avec elle. C’est un sentiment terrible cette solitude face à la mort d’un être que l’on aime. Je lui ai dit et redit je t’aime, je suis restée près d’elle pendant que la famille recevait les condoléances comme ça se fait près de la porte du cimetière. Moi j’étais seule et je lui parlais et pour la première fois je lui disais maman tu es partie comme tu es venue, sans bruit, ma maman, ma vie, donne moi la force de continuer sans toi, j’ai mal, j’ai peur, j’ai froid et tu n’es plus là pour apaiser ma souffrance et mes peurs, et pour me réchauffer, maman, ma maman, ne me laisse pas, pas encore, reviens. Papili m’a prise dans ses bras, en me berçant il disait « chut ma grande, rappelle-toi ce que t’as dit grand-mère, ne pleure pas, laisse partir ta tata, elle t’aime et elle t’aimera toujours, et même si tu ne la vois pas, si tu ne la touches pas, elle veille sur toi par son amour et pour toujours ». C’est vrai grand-mère disait toujours, plus tu pleure un mort, plus tu l’empêche de monter au ciel, et les gens ne meurent que quand on les oublie. J’ai toujours promis à grand-mère de ne pas pleurer quand elle mourrait, je l’ai fait, j’ai été la seule, on m’a même dit froide, j’ai respecté sa volonté car elle voulait rejoindre vite grand-père quand l’heure serait arrivée. C’était sa croyance, je l’aimais, je l’ai respectée. Mais pour ma petite maman, je ne sais pas si elle avait une croyance. La mort elle n’en parlait pas, par pudeur ou par peur je ne sais pas, mais je sais que quand elle m’a quittée j’ai eu très mal. Peut-être a-t-elle jugé que c’était l’heure. J’étais mariée, elle me croyait heureuse. Il est toujours trop tôt quand on vous prend l’amour auquel vous tenez le plus. Ca m’a déchirée. Elle est partie en emportant une partie de moi, j’avais encore tant besoin d’elle et de sa force. Je n’ai plus su me battre, j’ai tout raté. Après l’enterrement je suis restée quatre jours avec tonton pour trié les vêtements de tonton et de Claude et enlever ceux de tata. Le quatrième jour j’ai dit adieu à tata au cimetière, j’ai embrassé les tontons, tata Marie-Louise, Claude, je me suis enfermée dans la chambre de mon enfance, je lui ai dit adieu, et depuis ce jour, je n’ai plus franchi la porte. J’ai des nouvelles de Claude par tata Marie-Louise, et une fois par an pour No‘l une carte de Claude. Quand tonton Gus est mort je n’y suis pas allée, même pas à son enterrement. Sans ma petit mère rien ne serait jamais plus pareil, cette maison du bonheur ne représentait plus rien, et aujourd’hui j’ai vraiment envie d’y retourner. Je sais que c’est la seule façon d’exorciser ma haine et de retrouver la sérénité. Je sais au fond de moi que c’est la seul preuve d’amour que je peux apporter à mon oncle en retournant là-bas. Même si je dois avoir un choc vu l’état de la maison, le foutoir comme dit tata Marie-Louise. Et puis il faut que je retrouve cette chaleur, ce bonheur que j’ai connu pour aller de l’avant, pouvoir tourner la page. Je veux y retourner il le faut, me libérer de cette cassure que j’ai ressenti quand ma petite mère est morte. Presque vingt ans ont passé et la cicatrice est toujours présente, il faut la cicatriser pour toujours, pour que ma petite mère repose en paix, ainsi que mon tonton Gus, et peut-être aider Claude. Je suis sure que de me voir lui ferait du bien. L’an dernier p

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